• 01 AVR 14

    Insomnies, troubles du sommeil et apnées

    L'apparition de l'insomnie

    Les plaintes pour mauvais sommeil et d’insomnies sont nombreuses et pourtant, chacun a droit à un bon sommeil…

    Pour beaucoup d’entre nous, dormir est naturel quand tout va bien et nous n’y prêtons aucune attention particulière. Un sommeil suffisant, un réveil agréable, une belle journée devant soi, tout cela semble naturel. Le sommeil permet la vigilance et celle-ci conditionne la qualité de la vie. Il permet de préserver nos réactions de plaisir, d’émotion et d’intérêt. C’est aussi se rendre efficient dans le travail et limiter au maximum les risques d’accident dans nos activités.

    Mais parfois un rien, un grain de sable, un problème peut se glisser dans l’ordre des choses et brusquement, rien ne va plus. On a du mal à s’endormir, on se réveille plusieurs fois dans la nuit ou même, on se réveille en pleine nuit sans pouvoir se rendormir, on se lève épuisé, etc… Cela peut aller jusqu’à l’irrésistible besoin de dormir en pleine journée sur le lieu de travail ou jusqu’à la perte de toute énergie.

    Les types d'insomnie

    Une insomnie de situation peut être transitoire : elle fait souvent suite à un aléas de la vie (conflit, perte d’emploi, décès, soucis financiers,…).Souvent, les choses se règlent et l’ordre naturel du sommeil reprend ses droits en quelques jours ou semaines. Mais cette insomnie de situation peut parfois s’installer dans la durée alors que la cause initiale a disparu.

    Une insomnie chronique s’est alors installée et n’a rien d’étonnant car l’endormissement comprend beaucoup de rituels auxquels nous sommes conditionnés et que nous avons bouleversés : les objets familiers dans la chambre, le brossage des dents, le calme,parfois la lecture, etc… constituent une partie du rituel du coucher. Dans le cas de l’insomnie chronique, ce processus s’est inversé et ce rituel devient source d’anxiété. L’insomniaque entre dans un cercle vicieux qui devient souvent la cause de la prescription de somnifères avec un engrenage infernal. Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes ou précoces, sommeil non réparateur persistent alors plus d’un mois. Une thérapie comportementale et cognitive (quelques séances auprès d’une psychologue-somnologue) peut alors être salvatrice.

    Les troubles du sommeil

    Si l’insomnie touche 20% de la population, d’autres troubles du sommeil existent et touchent au total 40% de la population.

    Le syndrome des jambes sans repos (besoin impérieux de bouger les jambes en soirée) est une cause de sommeil non réparateur en raison de micro-éveils fréquents secondaires à des mouvements de jambes persistants durant la nuit. Il peut toucher 8% de la population.Ce problème peut également être associé aux apnées-hypopnées du sommeil. Un traitement médicamenteux existe.

    Très fréquemment, on entend certaines personnes se plaindre également de fatigue chronique, présente dès l’éveil ou durant la journée, et ne s’améliorant pas en vacances ou malgré des siestes. Ces personnes présentent très souvent des ronflements , parfois très bruyants, irréguliers. Ce sont des hommes 2 fois sur trois, leur sommeil n’est pas récupérateur, ils ont été agités durant la nuit, ils se sont levés pour aller à la toilette, ont transpirés et se réveillent la tête dans le brouillard. Leur conjoint les pousse souvent à consulter car il(elle) perçoit des arrêts respiratoires.

    Ces personnes souffrent d’apnées du sommeil c’est-à-dire qu’elles présentent des pauses de respiration de plus de 10 secondes, parfois d’une minute, suivies d’une reprise spectaculaire. Les enregistrements confirment ce phénomène mais démontrent aussi qu’il y est associé très souvent de ralentissements sans arrêt complet : il s’agit d’hypopnées, de loin plus fréquentes mais moins spectaculaires.

    Le syndrome d’apnées du sommeil touche environ 8% de la population et est secondaire à une obstruction de l’arrière-gorge, le pharynx plus précisément, survenant durant le sommeil en raison d’une bascule de la langue en arrière et du relâchement des parois suite à une perte de tonus des muscles de la région.

    Initialement, ces structures vibrent, créant le ronflement et ensuite le débit d’air diminue partiellement (hypopnée) ou complètement (apnée).La seule solution à cette situation est un éveil, de très courte durée (micro-éveil), entrainant la réouverture du passage par le pharynx, et ce suite aux efforts respiratoires. La personne ne se souvient pas des évènements, survenant parfois plusieurs centaines de fois durant une seule nuit et ne se plaindra pas toujours spécifiquement de son sommeil. Elle se plaindra très souvent de ne plus se réveiller en forme ou d’avoir des coups de pompe en cas d’inactivité (lecture, TV, après le repas,…).

    Les conséquences des apnées du sommeil sur la santé

    On observera très souvent un excès de poids, une hypertension, des maux de tête. La maladie des apnées du sommeil a des répercussions sur la vie professionnelle mais également sur la vie sociale, en raison des problèmes de concentration, et d’une irritabilité.

    Les accidents de voiture deviennent aussi plus fréquents à tel point que la loi interdit la conduite automobile chez les personnes souffrant de somnolence due aux apnées (Arrêté royal de 1998).

    Enfin, en raison des arrêts respiratoires répétés et des chutes d’oxygène qui souvent en découlent , le risque de complications cardio-vasculaires est accru, telles l’hypertension artérielle (50%), des troubles du rythme, les risques d’infarctus ,les thromboses cérébrales.

    Le diagnostic

    Il faut retenir que ce syndrome n’est pas diagnostiqué chez 8 personnes sur 10, en particulier les personnes seules et les femmes. Les premiers car personne ne peut les alerter, les secondes en raison de symptômes souvent moins caractéristiques (dépression par exemple) qui apparaissant souvent après la ménopause. Retenons que les personnes jeunes,y compris des adolescents, peuvent également en souffrir. L’ensemble de ces complications et des pièges diagnostiques explique que ce problème augmente la mortalité.

    Le diagnostic peut se faire en laboratoire de sommeil à l’hôpital : on appliquera une douzaine de capteurs indolores pour l’étude des signaux neurologiques et cardio-respiratoires (polysomnographie) sous la surveillance d’un technicien , ce qui permettra de faire le diagnostic en général après une seule nuit passée à l’hôpital.Ce test ,très précis, permet d’investiguer l’ensemble des troubles du sommeil.

    Nous vous proposons à Messidor une étude simplifiée (screening) effectuée à domicile : l’appareil (Apnealink) comprend un petit capteur de débit respiratoire placé à la sortie du nez et un capteur d’oxygène placé au bout d’un doigt.Cet appareil peut être obtenu au secrétariat en journée avec les explications nécessaires pour être rapporté le lendemain .Il vous sera aussi donné un questionnaire de sommeil.

    Les résultats seront discutés en consultation peu après avec le somnologue qui les interprétera en fonction de vos plaintes. La fiabilité de ce test facile pour les problèmes respiratoires du sommeil est très souvent correcte.

    Un bilan complémentaire à l’hôpital reste cependant nécessaire par après pour la mise en route du traitement si un problème d’apnées sérieux est suspecté.

    Les traitements

    Le traitement peut comprendre dans les cas importants à sévères l’application d’un masque nasal délivrant une pression positive (CPAP ou PPC). Ce traitement, testé à l’hôpital et parfois contraignant au début, reste le plus efficace de tous et apporte très souvent une véritable délivrance dont les patients ne peuvent bientôt plus se passer. Cet effet, décrit comme magique, peut apparaitre parfois dès la première nuit. Il fonctionne comme un soutien pneumatique permettant d’empêcher les parois de l’arrière-gorge de s’effondrer. Il est également l’outil le plus efficace contre le ronflement à tel point que rapidement, ce sont les partenaires qui exigent son emploi. Le compresseur est en effet très silencieux.

    Différents types de masque existent et permettent une adaptation à la majorité des malades (comme le masque dit narinaire).

    Pour les cas sévères et en cas d’intolérance à la CPAP, une intervention efficace sur les mâchoires (ostéotomie d’avancée mandibulaire) existe mais est rarement retenue en raison de sa complexité. Pour les cas légers, des interventions réalisées par votre spécialiste ORL (septoplastie, radiofréquence du palais) peuvent être proposées mais doivent être discutées au cas par cas. Souvent, elles seront complémentaires, permettant d’optimaliser le confort en débloquant le passage d’air dans le nez (radiofréquence des cornets).

    Une orthèse d’avancée mandibulaire thermo-formable (peu coûteuse) ou professionnelle peut également être proposée dans certains cas légers ou après échec de la CPAP. Cet appareil, amovible, plus facile et porté durant la nuit, est très efficace sur les ronflements mais son effet sur les apnées est moins souvent démontré.

    Une amélioration de l’hygiène de vie (perte de poids, alcool, tranquillisants,…) est toujours demandée mais rarement suffisante, sauf dans les cas légers.

    Enfin, retenons un système expérimental de stimulation du nerf de la langue (nerf hypoglosse) souvent décrit dans les médias : ce système peut s’avérer efficace dans certains cas très ciblés et en cas d’échec de la CPAP. Il nécessite une intervention chirurgicale avec placement d’un boitier et d’une électrode. Il n’est pas remboursé et n’est effectué que par quelques rares centres.

    En conclusion

    Ce que les proches doivent savoir, c’est que ce processus s’installe lentement et n’est perçu que comme une simple fatigue. Les patients ont dès lors trop souvent tendance à banaliser. Il faut dès lors beaucoup de persévérance pour les amener à consulter un médecin. Mais la consultation est bénéfique car grâce au traitement approprié au trouble dont souffre le patient, sa qualité de vie – et celle de son/sa partenaire – s’en trouve grandement améliorée.

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